Crise de foi
- Genevieve Lafreniere
- 6 févr. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Crise de foi est le titre du livre que je veux écrire depuis longtemps... on a tellement tendance à être connecté à la performance, au faire et à l'avoir qu'on finit trop souvent par négliger l'être. On donne plein pouvoir aux valeurs matérielles dont l'éphémérité finit par user... et plus on s'use, plus on tente de s'apaiser avec des objets, des comportements inadaptés ou des substances.
Il y a des jours où la foi n'est pas au rendez-vous. Et lorsque ce lien intime avec son plein pouvoir (qu'on l'appelle Dieu, une connexion profonde à la partie de moi qui veut mon plus grand bien ou une simple confiance en la vie) se fragilise, un vide se crée. Et ce vide, beaucoup cherchent à le remplir. Parfois, avec de la nourriture, le travail, des distractions... Mais trop souvent avec de l’alcool (substance psychoactive la plus consommée au Québec). Boire pour oublier, boire pour être en paix, boire pour avoir un moment à soi, boire pour anesthésier cette absence de foi. Cette déconnexion, souvent spirituelle, peut potentiellement devenir physique. Dr Gabor Maté nous rappelle d'ailleurs que le mot healing (guérir) veut dire: to become whole again. Redevenir complet. Faire en sorte que son esprit, ses émotions, son rationnel, son corps communiquent pleinement et adéquatement. Pas en silos, ni fragmentés.
Toute maladie (dont la crise de foie - wink wink) n’est jamais uniquement physique: elle affecte toutes les autres sphères de notre vie et peut parfois nous rappeler brutalement qu’on s’est éloigné de nos besoins réels, qu’on a dépassé nos limites, négligé notre santé globale... Dans le rétablissement, ces épisodes deviennent des messages essentiels qui nous invitent à regarder honnêtement la façon dont on s’est déconnecté de ce qui donne du sens à notre vie pour enfin commencer à retisser les liens qui nous ramènent vers notre plein potentiel.
En effet, le corps ne ment jamais. Il encaisse, tolère, compense mais il finit toujours par s’exprimer. L’excès d’alcool pour engourdir, taire ses propres pensées ou pour augmenter ses moments de plaisir, de récompense ou d'apaisement, finit par trahir. Les nausées, les douleurs, la fatigue écrasante, la maladie ne sont que les manifestations tangibles d’un malaise plus profond. Chaque goutte d’alcool avalée pour fuir se retourne contre soi et enfonce plus loin dans la souffrance. La crise de foie, n'est plus seulement qu'un symptôme physique. C’est un signal d’alarme qui nous envoie un message clair: quelque chose ne va pas.
Je ne sais pas pour vous, mais j'ai lu et relu Le Petit Prince à plusieurs reprises au cours de ma vie. Parmi toutes les rencontres que fait le Petit Prince, celle de l'ivrogne est probablement celle qui m'a le plus marquée. Je me souviens avoir ressenti une profonde tristesse en découvrant ce personnage assis au milieu de bouteilles vides et de bouteilles pleines. Lorsque le Petit Prince lui demande pourquoi il boit, l'ivrogne répond qu'il boit pour oublier. Oublier quoi? Qu'il a honte. Honte de quoi? Honte de boire. En quelques phrases seulement, Saint-Exupéry décrit avec une grande justesse le cercle douloureux dans lequel tant de personnes se retrouvent enfermées : tenter d'échapper à une souffrance par un comportement qui finit par alimenter cette même souffrance.
Alors, comment faire quand la foi vacille et que l’envie de fuir devient plus forte que tout? Il n’y a pas de réponse unique mais il y a des pistes. Apprendre à s'écouter. Ralentir. Respirer. Journaliser. Prier, méditer. Aller en thérapie. Rejoindre un groupe de support. Faire du yoga.
Cela dit, la foi n’est pas une certitude nécessairement constante. C’est un chemin, une quête. Parfois on s'en rapproche, parfois on s'en éloigne, parfois on la rebute. Surtout si on donne son pouvoir à une Source extérieure à soi comme l'Univers par exemple. Ou qu'on humanise Dieu. Tout ce qui est extérieur à nous est faillible. En cultivant consciemment ma foi comme un pouvoir intérieur capable de tout, elle devient éventuellement mon alliée. Il se développe alors une connexion profonde et aimante avec la partie de moi qui veut mon plus grand bien et qui ne me laisserait jamais me saboter de la sorte. La relation qu'on bâti avec cette version de nous devient éventuellement notre espace de sécurité intérieur, celui dans lequel on peut se réfugier quand ça brasse trop à l'extérieur. Dans ma formation en accompagnement spirituel, on nous rappelait par ailleurs que nous traversions différentes phases dans notre foi. Une enfance, une adolescence et éventuellement une maturité spirituelle.
Chaque crise de foi(e) quand on a consommé nous rappelle qu’on est allé trop loin… Que notre instinct, notre cœur, notre corps, notre esprit et les différentes versions de nous ont fonctionné en silo, sans communiquer entre eux. L’alcool gèle cette capacité à nous connecter et cette déconnexion finit par créer non seulement un malaise physique, mais aussi une crise de foi en nos propres capacités. Quand on se coupe de soi en consommant régulièrement, on finit par douter de ce qu’on vaut et de ce qu’on peut accomplir. Il est évident que ce n’est pas en s’anesthésiant qu’on retrouvera du sens à notre vie: chaque verre qui engourdit nous éloigne un peu plus de la possibilité de nous écouter pleinement.
Lorsque nous cessons de lutter contre notre impuissance et que nous traversons l'inconfort plutôt que de l'éviter, quelque chose se transforme. Nous entendons ce qui demande notre attention et nous laissons une sagesse plus profonde accompagner nos impulsions du moment. La confiance se manifeste petit à petit, la confusion laisse place à plus de clarté et un sentiment d'empuissancement émerge. C'est souvent ainsi que le sens renaît, qu'une renaissance s'opère. Alors, au lieu de chercher à les engourdir, je reçois ces crises comme une invitation à me rapprocher de ce qui compte vraiment. Reconnaître mes limites sans me condamner, honorer ma dimension humaine et faillible sans me juger ou me saboter. Car ce que je cherche profondément ne se trouve pas dans la fuite, l'évitement ou dans une source extérieure à moi mais dans ma relation avec ma toute puissance.
Bonne démarche,
Geneviève



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