L'ACT pour se rétablir de dépendances
- Genevieve Lafreniere
- 14 févr. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 nov.

La thérapie de l’acceptation et de l’engagement, plus connue sous l’acronyme ACT, est une approche de troisième vague des thérapies cognitives et comportementales qui a gagné en reconnaissance dans le domaine du rétablissement des dépendances. Elle repose sur une idée simple mais profondément transformatrice: apprendre à vivre avec ce qui ne peut être changé immédiatement, tout en s’engageant activement dans des actions qui reflètent ses valeurs personnelles. Plutôt que de chercher à contrôler ou à éliminer les pensées et émotions douloureuses, l’ACT invite les personnes à changer leur relation avec ces expériences intérieures. Cette distinction est particulièrement pertinente dans le contexte des dépendances où les tentatives répétées de fuir, d’éviter ou de supprimer des états internes inconfortables contribuent souvent à l’installation et au maintien des comportements addictifs.
L’un des principes fondamentaux de l’ACT est l’acceptation. En rétablissement, il ne s’agit pas de se résigner à la douleur mais plutôt de reconnaître que certaines pensées, émotions ou sensations surgiront inévitablement. Les envies de consommer, par exemple, peuvent apparaître même après plusieurs mois ou années de sobriété. Chercher à les faire disparaître à tout prix peut mener à une rechute ou un épuisement mental. L’acceptation, dans ce cadre, signifie accueillir ces expériences internes sans jugement et sans lutte, en leur laissant une place sans qu’elles dictent les comportements. Cet accueil crée un espace intérieur où il devient possible de choisir une réponse différente plutôt que de réagir de façon automatique.
Un autre aspect central de l’ACT est la défusion cognitive. Les personnes aux prises avec une dépendance vivent souvent avec des pensées persistantes comme «c'est trop difficile, je n’y arriverai jamais», «ça m'aide à me calmer» ou «c'est mon petit moment à moi». Ces pensées, lorsqu’elles sont répétées, deviennent envahissantes et influencent directement les actions. La défusion consiste à prendre de la distance par rapport à ces pensées, à les voir pour ce qu’elles sont: des constructions mentales, des mots, des images et non des vérités absolues. Cette pratique aide à désamorcer leur pouvoir et à créer une marge de liberté entre l’expérience intérieure et le comportement choisi.
L’ACT met aussi l’accent sur la pleine conscience. Être présent à l’instant, observer sa respiration, ses sensations, ses émotions ou son environnement, permet de sortir de l’automatisme souvent associé à la consommation. La dépendance enferme dans un cycle répétitif où les déclencheurs entraînent des réactions quasi mécaniques. La pleine conscience offre une pause, un espace de conscience qui permet d’interrompre ce cycle. Elle ne vise pas à supprimer l’envie ou la douleur mais à apprendre à rester en contact avec soi-même sans se laisser emporter par l’impulsion immédiate.
Un autre pilier essentiel de l’ACT est l’engagement envers ses valeurs. Le rétablissement n’est pas uniquement l’arrêt d'un comportement dépendant mais aussi la construction d’une vie riche et significative. L’ACT encourage à identifier ce qui compte profondément: la santé, la famille, la créativité, la liberté, le partage. Ces valeurs servent de boussole et permettent de persévérer même dans les moments difficiles. Lorsqu’une personne choisit d’agir en fonction de ses valeurs plutôt qu’en fonction de son inconfort émotionnel, elle se reconnecte à une source durable de motivation et de sens. Par exemple, résister à une envie de consommer ne devient pas seulement un effort de volonté mais une action en direction d’un futur qui correspond à ses aspirations les plus profondes.
L’ACT se distingue également en ce qu’elle ne cherche pas à éradiquer les symptômes, mais à augmenter la flexibilité psychologique, c’est-à-dire la capacité à rester en contact avec le moment présent et à ajuster son comportement en fonction de ses valeurs plutôt que de ses états internes. Dans le contexte des dépendances, cette flexibilité est cruciale, car les parcours de rétablissement sont rarement linéaires. Les rechutes peuvent survenir, mais elles ne sont pas perçues comme des échecs définitifs. Elles deviennent des occasions d’apprendre, de réajuster et de revenir vers les valeurs choisies.
De plus en plus de programmes de traitement des dépendances intègrent l’ACT parce qu’elle offre une alternative aux modèles centrés uniquement sur le contrôle ou l’abstinence stricte. Elle aide à développer une relation différente avec les envies, la douleur émotionnelle et les souvenirs difficiles. En acceptant que la souffrance fasse partie de l’expérience humaine et qu’elle ne disparaîtra pas complètement, les personnes découvrent qu’elles peuvent néanmoins avancer vers une vie pleine de sens et de cohérence.
En pratique, l’ACT utilise des exercices expérientiels et métaphoriques, des pratiques de pleine conscience, des dialogues orientés vers la clarification des valeurs, ainsi que des mises en action concrètes. Ces outils favorisent non seulement l’abstinence ou la réduction de la consommation, mais aussi une qualité de vie plus riche où la personne se sent alignée avec elle-même.
L’ACT apporte une contribution précieuse au rétablissement des dépendances en proposant une approche axée sur l’ouverture, la flexibilité et l’engagement envers ce qui donne du sens. Elle rappelle que la liberté ne se trouve pas dans l’absence de difficultés, mais dans la capacité de choisir, encore et encore, d’avancer vers ce qui compte vraiment. J'ai suivi une formation avec les fondateurs de cette approche il y a quelques années et je l'utilise souvent dans le cadre de mes accompagnements. Découvrez le livre du Dr Russ Harris pour en savoir plus sur cette méthode: Le piège du bonheur: Arrêtez de vouloir être heureux à tout prix et vivez pleinement.
Bonne lecture!
Geneviève



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