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Au cœur des dépendances: la blessure du lien?

Dernière mise à jour : 25 oct.


lien entre deux personnes
lien entre deux personnes

On entend souvent dire que la dépendance affective est la mère de toutes les dépendances. Derrière cet adage existe une vérité qui mérite d'être analysée: avant de dépendre d’une substance, d’un comportement ou d’un écran, nous apprenons d’abord à dépendre d’un lien. Et c’est dans la qualité de ce lien que se construit (ou se fragilise) notre capacité à nous réguler, nous sécuriser et à être en relation avec nous-mêmes et avec les autres.


La théorie de l’attachement, développée par John Bowlby dans les années 1950, propose que chaque être humain naît avec un besoin fondamental de lien et de sécurité émotionnelle. C’est à travers la relation avec nos figures d’attachement, souvent nos parents, que se développe notre modèle interne de ce qu’est l’amour, la sécurité et la valeur de soi idéalement entretenus par la validation, la reconnaissance, la valorisation... Quand ces liens sont stables, cohérents et empreints de chaleur, l’enfant apprend qu’il peut à la fois s’appuyer sur les autres et compter sur lui-même. Mais quand l’attachement est insécurisant, instable, distant, envahissant ou contrôlant, l’enfant intègre un message bien différent: pour être aimé, il faut se suradapter, se retenir, performer ou se taire.


Ce manque de sécurité émotionnelle devient une sorte de vide intérieur, une tension silencieuse que beaucoup tenteront plus tard d’apaiser. L’alcool, la nourriture, le travail, les relations, le sexe ou le contrôle deviennent alors des stratégies pour calmer ce vide, des moyens de s’autoréguler quand le système d’attachement n’a pas enseigné cette autonomie. Ce n’est donc pas la substance ou le comportement en soi qui est le problème, mais la tentative, souvent inconsciente, de réparer une blessure relationnelle ancienne.


On lit souvent l'importance d'apprendre à s'aimer, se choisir, se respecter, mettre ses limites... Dans ces phrases communes se trouve une vérité quasi universelle chez celleux qui développent une addiction: au cœur de la dépendance, il y a une quête d’amour. Non pas l’amour romantique ou passionnel, mais un amour plus fondamental, celui d’être reconnu, vu, accueilli, sécurisé. La dépendance affective dans ce contexte est la toile de fond. Elle exprime notre difficulté à exister pleinement sans l’autre, à tolérer le manque ou le rejet, à ne pas chercher à combler nos valeurs d'amour, de sécurité ou de paix intérieure par une relation amoureuse. Quand on ne s’est jamais senti profondément aimé pour qui l’on est, le cerveau apprend à chercher ailleurs cette sécurité manquante. Il s’accroche à ce qui apaise temporairement: un partenaire, une dose, une réussite, un rôle.


Le modèle de l’attachement nous aide à comprendre que ces comportements ne sont pas des faiblesses ou un manque de volonté mais des tentatives maladroites d’autorégulation. Le système nerveux, privé de sécurité dans l’enfance, reste en hypervigilance à l’âge adulte. Il oscille entre la peur de l’abandon et la peur de l’intrusion. Dans cet état, la dépendance devient un moyen de retrouver, ne serait-ce que quelques instants, une forme d’apaisement ou de réconfort. Mais plus on cherche la sécurité à l’extérieur de soi, plus on s’en éloigne intérieurement. Si on gèle ce qu'on ne veut pas sentir, on ne peut pas s'en occuper. Le malaise devient encore plus profond et on ressent davantage le besoin de s'apaiser à nouveau. C’est lorsqu'on devient conscient de ces patterns que commence le véritable travail du rétablissement: apprendre à devenir son propre espace de sécurité, à se réguler sans se fuir, à s’accueillir sans se juger, à s’aimer dans sa beauté et ses imperfections.


Se rétablir d'une dépendance ou s'engager dans la sobriété c’est apprendre à apprivoiser ses émotions, dompter ses démons et construire une sécurité intérieure que personne ne peut nous retirer. Il s’agit de réapprendre à faire confiance à la vie, aux autres et de développer une connexion profonde avec la version de soi qui veut notre plus grand bien. C’est un processus lent, souvent non linéaire, où l’on finit par reconnaître ses besoins, ressentir sans fuir et aimer sans se perdre. Avec le temps, le besoin de combler un vide se transforme en désir de créer et l’énergie autrefois dirigée vers la survie devient une opportunité de croissance personnelle.


Bonne démarche,

Geneviève

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