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Le yoga comme soutien précieux dans le rétablissement des dépendances

Dernière mise à jour : 12 sept.


la pince assise, une des postures de yoga pour capituler
la pince assise, une des postures de yoga pour capituler

Le rétablissement des dépendances est un chemin exigeant, souvent marqué par des hauts et des bas, des périodes de clarté et d’autres de confusion. Face à cette réalité, de nombreuses approches complémentaires se sont développées au fil des années pour accompagner les personnes en quête de liberté intérieure et de sobriété. Parmi elles, la pratique du yoga occupe une place prépondérante. Bien plus qu’une simple série de postures physiques, le yoga est une discipline complète qui agit à la fois sur le corps, le souffle et l’esprit, et qui peut devenir une ressource essentielle pour celleux qui se rétablissent d’une dépendance.


En septembre 2006, je savais déjà que j’entrerais en thérapie en mars 2007. Je voulais donc préparer mon arrêt de consommation en trouvant un loisir qui puisse occuper mes soirées, comme le faisaient jusque-là l’alcool, la cigarette et le cannabis. Ma tante, professeure de yoga depuis près de quarante ans, m’avait initiée à cette pratique dès l’âge de 14 ans, et quelque chose en moi pressentait que le yoga jouerait un rôle important dans mon rétablissement. Je me suis donc inscrite d’abord à des cours pour débutants, puis à des classes intermédiaires et avancées, jusqu’à entreprendre la même formation professorale que ma tante, en décembre 2009. À ma grande surprise, plusieurs des enseignements spirituels reçus au cours de cette formation ressemblaient beaucoup à ceux transmis par mon mentor en thérapie. Quelques mois plus tard, il m’a invitée à enseigner la onzième étape du modèle Minnesota (prière, méditation) et à devenir intervenante en dépendances. Pas besoin de dire que le yoga a changé ma vie à tellement d'égards.


Ce qui est extraordinaire avec cette discipline c'est qu'elle s’appuie sur une vision holistique de l’être humain. Elle considère que la santé et l’équilibre naissent de l’harmonisation du corps, du mental, des émotions et de l’énergie vitale (le prana). Dans le contexte du rétablissement, cette approche globale s’avère particulièrement pertinente car les dépendances touchent bien plus que le comportement de consommation. Elles affectent la régulation émotionnelle, le rapport au corps, la gestion du stress et la perception de soi. Le yoga propose des outils concrets pour retisser ces liens intérieurs et favoriser une stabilité durable.


Sur le plan physique, les postures de yoga contribuent à relâcher les tensions accumulées dans le corps. Les dépendances, souvent associées à un état de stress chronique, laissent des traces tangibles : crispations musculaires, douleurs, insomnie, agitation. La pratique régulière de mouvements simples et adaptés permet de détendre le système nerveux, d’améliorer la qualité du sommeil et de retrouver une meilleure énergie. Le corps devient progressivement un lieu plus sûr et plus habitable, ce qui est fondamental pour une personne en rétablissement qui a parfois vécu longtemps dans la dissociation ou le rejet de ses propres sensations.


Le rôle du souffle (qu'on appelle pranayama dans la tradition yogique) est tout aussi central. Les techniques de respiration consciente ont un impact direct sur le système nerveux autonome. Elles favorisent le retour à un état de calme, aident à diminuer l’anxiété et réduisent l’intensité des cravings. Dans des moments de vulnérabilité, une personne qui pratique la respiration consciente apprend qu’elle peut revenir à son souffle et en faire son refuge. Cette autonomie face aux états de tension devient un puissant outil de prévention de la rechute. Ce sont d'ailleurs mes exercices de respiration quotidiens qui m'ont aidé à arrêter de fumer la cigarette après avoir fumé pendant plus de 20 ans...


Le yoga n’agit pas seulement sur le corps et la respiration, il développe également la pleine conscience. Les dépendances s’enracinent souvent dans des automatismes et des réponses impulsives aux émotions. On entend d'ailleurs souvent dire dans le jargon thérapeutique et les salles de meetings que la dépendance est la maladie des émotions. En cultivant une présence attentive au moment présent, sans jugement, le yoga ouvre un espace pour observer ses pensées et ses sensations sans se laisser emporter par elles. Cette capacité à prendre du recul permet de répondre différemment aux situations difficiles, de renforcer la tolérance à l’inconfort et d’apprendre à accueillir la réalité telle qu’elle est.


La dimension spirituelle du yoga est aussi une alliée fort bienvenue dans le mode de vie du pratiquant. Sans exiger d’adhésion religieuse, le yoga invite à se reconnecter à un sens plus large de soi, à cultiver la compassion et à nourrir un sentiment d’appartenance au monde. Le mot yoga signifie d'ailleurs unir, relier tous les aspects de son être (physique, énergétique, émotionnel, mental et spirituel) et/ou unir le Soi avec le Grand Tout. Pour beaucoup de personnes en rétablissement, ce lien à quelque chose de plus vaste que soi offre un soutien immense, particulièrement dans les moments de doute ou de solitude. Personnellement, le yoga nidra, une forme de relaxation guidée profonde, m'a aussi infiniment aidé durant mon parcours de sobriété. Il permet d’atteindre un état entre veille et sommeil où le corps se détend complètement et où l’esprit peut relâcher les tensions inconscientes. Plus on détend son corps, plus on apaise son mental. Cette pratique favorise le repos réparateur, aide à réduire l’anxiété et soutient la régulation des émotions, ce qui est particulièrement précieux pour les personnes en rétablissement.


Au-delà de la pratique individuelle, le yoga peut également favoriser le sentiment de communauté. Participer à un cours ou à un cercle de pratique donne l’occasion de se relier à d’autres personnes, dans un espace bienveillant où il n’y a pas de performance à atteindre, seulement une expérience partagée de présence et d’exploration. Dans un parcours de rétablissement, où l’isolement est un risque important, cette expérience d’appartenance joue un rôle déterminant. C'est d'ailleurs l'une des précieuses raisons d'être des fraternités anonymes.


De plus en plus de programmes de rétablissement intègrent désormais le yoga comme ressource complémentaire. Certaines approches, comme celles inspirées du Yoga of Recovery, mettent spécifiquement en lien la philosophie yogique et les étapes du rétablissement. Elles rappellent que la transformation demandée par la sobriété est un chemin intérieur, où la discipline, la douceur envers soi-même et l’ouverture à une dimension spirituelle se rejoignent.


En pratique, il n’est pas nécessaire d’être souple ou expérimenté pour bénéficier du yoga. Des postures simples, du yoga sur chaise, des exercices de respiration accessibles et quelques minutes de méditation chaque jour peuvent déjà initier un changement profond. Ce qui compte, c’est la régularité et l’intention: revenir encore et encore à ce moment présent, apprendre à se réconcilier avec soi et nos différentes versions et habiter sa vie autrement.


En somme, le yoga offre un ensemble d’outils concrets, accessibles et puissants pour soutenir le rétablissement des dépendances. Il permet de retrouver un corps apaisé, un esprit plus clair, une respiration qui guide vers la sérénité et une dimension spirituelle qui nourrit l’espoir. Bien intégré dans un parcours de guérison, il peut devenir un allié durable pour construire une vie plus stable, plus consciente et profondément enracinée dans la sobriété.


Bonne démarche!

Geneviève

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