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Changer n'est pas qu'une question de volonté

Dernière mise à jour : 13 oct.


homme en réflexion
homme en réflexion

Le changement est une expérience profondément humaine. Qu’il s’agisse de sortir d’une dépendance, de modifier notre rapport à la nourriture, d’adopter une activité physique régulière ou de transformer un comportement qui ne nous sert plus, le processus est rarement simple ni linéaire. Pourtant, il reste au cœur de nos aspirations les plus sincères: vivre mieux, nous sentir libres, être cohérents avec nos valeurs. Comprendre ce qui rend le changement difficile, mais aussi ce qui le rend possible, peut nous aider à avancer avec plus de clarté et de bienveillance envers nous-mêmes.


Nous avons souvent tendance à imaginer le changement comme une décision soudaine et définitive. On croit qu’il suffirait d’une forte volonté pour arrêter de consommer, pour cesser de grignoter le soir ou pour se lever chaque matin afin d’aller courir. Mais si c'était aussi simple, nous n’aurions pas besoin de tant d’efforts, de soutien et de persévérance. En réalité, le changement est un processus qui demande du temps, de l’expérimentation et de la répétition. C’est un apprentissage où nous faisons des essais, où nous trébuchons, et où nous reprenons le chemin avec plus de conscience qu’avant.


Dans le contexte des dépendances, le changement prend une dimension particulière. L’alcool, les drogues, la nourriture, le jeu, les écrans ou encore certaines relations deviennent des moyens de combler un vide intérieur ou de soulager une douleur. Ces comportements s’installent comme des automatismes puissants, renforcés par le soulagement immédiat qu’ils procurent. Mais derrière cet apaisement momentané, les conséquences apparaissent: perte de santé, perte de liberté, culpabilité, honte, conflits relationnels. De la même manière, dans d’autres domaines comme l’alimentation ou l’activité physique, nous savons ce qui nous ferait du bien mais nous peinons parfois à tenir nos engagements. On se promet de manger mieux, d’être plus actifs mais les habitudes ancrées reprennent vite le dessus.


Pour mieux comprendre ce processus, le modèle transthéorique du changement, développé par Prochaska et DiClemente, apporte une perspective précieuse. Ce modèle qu'on voit et revoit lors de nos études universitaires en dépendance décrit le changement non pas comme une décision unique mais comme une succession d’étapes par lesquelles nous passons, parfois dans le désordre, parfois avec des allers-retours. Il distingue six stades principaux : la précontemplation, la contemplation, la préparation, l’action, le maintien et la rechute.


En précontemplation, la personne ne voit pas encore son comportement comme un problème ou ne se sent pas prête à envisager un changement. Cela peut être le cas de quelqu’un qui consomme régulièrement mais minimise les conséquences, ou d’une personne qui évite de se questionner sur sa santé alimentaire par peur de ce que cela impliquerait. Elle est dans l'inaction, parfois même la négation. En contemplation, un doute s’installe. On reconnaît qu’il y a un problème, mais on se sent encore partagé entre le désir de changer et la peur de perdre un repère ou un plaisir. La préparation survient quand l’idée de changer devient plus concrète: on se fixe une date, on cherche des ressources, on en parle à nos proches. L’action, ensuite, marque le passage aux gestes concrets: arrêter de consommer, entamer une nouvelle routine, commencer une thérapie ou un programme de mise en forme.


Vient alors le maintien, cette étape souvent sous-estimée, où il faut stabiliser les nouveaux comportements et trouver des stratégies pour ne pas retomber dans les anciens schémas. Enfin, la rechute, loin d’être un échec définitif, fait souvent partie du processus. Elle nous apprend quelque chose sur nos déclencheurs, nos vulnérabilités et les ajustements nécessaires pour continuer à avancer. Ce modèle est libérateur, car il nous rappelle que le changement est un cycle et non une ligne droite. Nous ne sommes pas faibles parce que nous reprenons une habitude ancienne après quelques semaines d’effort. Nous faisons simplement l’expérience humaine du changement. La rechute n’efface pas les pas déjà faits: elle offre l’occasion de mieux comprendre le chemin et de renforcer notre détermination.


Mais pourquoi est-ce si difficile? Parce que certains des comportements que nous cherchons à transformer sont reliés à des besoins fondamentaux. Derrière la dépendance affective se trouve un besoin d’attachement et de reconnaissance. Derrière la surconsommation alimentaire se cache parfois la recherche de réconfort, de sécurité ou de plaisir immédiat. Derrière le manque d’activité physique, il y a souvent la fatigue, la peur de l’échec ou le souvenir de mauvaises expériences. Le défi n’est donc pas seulement d’arrêter un comportement mais d’apprendre à répondre à ces besoins autrement, de manière plus saine et durable.


Changer demande aussi une forme de réconciliation avec nous-mêmes. Souvent, nous abordons le changement dans le combat: lutter contre l’alcool, contre la nourriture, contre la paresse. Mais cette approche finit par nous épuiser. Ce qui aide davantage, c’est de voir le changement comme une manière de s’offrir un mieux-être plutôt qu’une punition. Par exemple, manger différemment ne devient plus une privation mais une façon de nourrir son corps avec respect. Bouger n’est plus une obligation mais une façon de se donner de l’énergie et de se sentir vivant.


Un autre élément clé du changement est la répétition. Les habitudes s’ancrent dans nos circuits neuronaux à force d’être répétées. Il ne suffit pas d’avoir une grande motivation au départ mais de poser des petits gestes au quotidien, jusqu’à ce qu’ils deviennent naturels. Que ce soit remplacer une consommation par un appel à un ami ou un meeting, transformer une soirée devant l’écran en promenade, ou prendre un moment de respiration consciente avant un repas, ces gestes répétitifs construisent peu à peu de nouveaux automatismes.


Enfin, le changement n’est pas seulement individuel. Il se nourrit aussi du soutien extérieur. Les groupes de soutien, les thérapies, les amis bienveillants, les communautés de pratique jouent un rôle essentiel. Se sentir accompagné, compris, et encouragé renforce notre capacité à persévérer. L’isolement, au contraire, peut renforcer les rechutes et entretenir la honte.


Le chemin du changement demande de la patience et de la compassion envers soi. Il est normal d’avancer à petits pas, de douter, de trébucher. Ce qui compte, c’est de garder en tête que chaque pas, même minime, construit une version plus alignée de nous-mêmes. Sortir d’une dépendance, transformer son rapport à la nourriture, bouger davantage ou apprendre à mieux gérer ses émotions ne se fait pas du jour au lendemain. Mais en comprenant les étapes, en accueillant les rechutes comme partie intégrante du processus, et en choisissant chaque jour des gestes qui nous rapprochent de ce que nous voulons vivre, nous découvrons que le changement est possible. Chaque fois que nous choisissons de prendre soin de nous, de respecter nos besoins et de poser un geste aligné avec ce que nous voulons vraiment, nous incarnons déjà ce changement.


Bonne démarche!

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